Titre de la communication
Musique et pouvoir dans le monde arabe
Résumé de la communication
Historiquement, chez les Arabes, les pratiques artistiques et musicales étaient réservées aux esclaves et captifs. C'est à travers leurs pratiques que des influences artistiques et musicales venant d'autres aires culturelles ont été introduites. Ceci n'a pas empêché le pouvoir de surveiller ces musiciens et chanteurs dont les conditions faisaient des dominés. Dès le départ, des rapports de contrainte et d'autorité ont ainsi existé entre musique et pouvoir dans le monde arabe. Un des premiers laboratoires en a été l'appel à la prière initié dans une Médine devenue musulmane. Cet appel inventé par Abdullahi Ben Zayd, un proche ami du Prophète pour répondre à son souhait de réveiller les pratiquants, a été dès le départ interprété par Bilâl al Habachi, un esclave abyssin. Il porte tout à la fois l’empreinte du nouveau pouvoir religieux et les rythmes et mélodies proposés par le muezzin aux origines éthiopiennes. Les califes qui ont succédé au Prophète ont ensuite tous tenté d'incruster leur empreinte dans cet appel à la prière. N'ayant pas réussi à attirer Bilal, affranchi par le Prophète, ils contrôlèrent les rimes et mélodies d'un appel devenu le symbole sonore de l’islam. Différentes directives ont été données pour en contrôler le rythme plus ou moins rapide. Quelques changements ont aussi été introduits dans le discours porté par l'appel. L'islam s'est adapté à chaque région, chaque ville, chaque communauté où il s'est implanté et il a en même temps été imprégné des conditions locales. On entend à travers cet appel à la prière les rôles et influences des rimes et des différentes échelles mélodiques, appelées maqâm dans la musique arabe classique. Marwan se propose de restituer quelques unes de ces formes par sa voix et son luth pour montrer comment les maqâm ont été incrustés jusqu'au cœur de l’appel à la prière lors de son passage dans les différents pays où l'islam s'est établi.
Nous voudrions ensuite, dans un deuxième temps, sonder les relations entre le pouvoir politique et la musique profane. Dans le monde arabe, musiciens/chanteurs acceptent souvent certaines contraintes du pouvoir pour s'exprimer. C'est parfois aussi vrai dans l'autre sens : un pouvoir comprenant qu'il est intéressant pour lui de s'approprier une célébrité peut faire des concessions. Nous voudrions en prendre trois exemples dans un répertoire de la grande musique arabe du 20ème siècle. La chanson An Nahr al khâled, « L’éternelle rivière », chantée par Muhammad Abdel Wahab, nous ramènera tout d'abord à cette époque où le pouvoir égyptien privilégiait une appartenance des égyptiens autour l’Égypte pharaonique. La deuxième chanson, celle d’Oum Kalthoum, Rubâ’yiât al khayiâm, « Les quatrains de Khayiâm », nous montre l’influence du religieux au sein de la musique de la diva dans un monde arabe très marqué à cette époque par le pouvoir religieux. Enfin, la troisième chanson proposée à l'analyse est une chanson de Fayrouz, Fy ‘ahwé ‘al Mafra’ , « il y avait un café au carrefour » qui nous plonge dans un Liban qui recherchait son unité dans un élan patriotique.