Titre de la communication
Enseigner la géographie de la santé au Mali : intégration des SIG et des données sanitaires dans la formation universitaire.
Résumé de la communication
Les mutations contemporaines de la géographie, marquées par la spécialisation thématique et la transition numérique, interrogent simultanément le « quoi enseigner » et le « comment enseigner ». En Afrique de l’Ouest, la géographie universitaire demeure souvent structurée autour d’approches descriptives, alors que les enjeux sanitaires ,inégalités d’accès aux soins, risques environnementaux, vulnérabilités climatiques , exigent des outils analytiques spatialisés. La géographie de la santé constitue, dans ce contexte, un levier stratégique de renouvellement disciplinaire. Son intégration pédagogique pose néanmoins la question de son institutionnalisation dans les curricula et de l’appropriation des technologies géospatiales dans des environnements universitaires contraints.
Cette communication analyse les effets épistémiques, didactiques et professionnels de l’intégration des Systèmes d’Information Géographique (SIG) et de données sanitaires géoréférencées dans la formation en géographie à Bamako. Elle interroge la capacité de cette intégration à transformer les compétences spatiales, critiques et opérationnelles des étudiants.
L’étude s’appuie sur une expérimentation pédagogique conduite entre 2022 et 2025 auprès de 78 étudiants de Master en géographie : « Master Géomatique, Aménagement et Gestion des Territoires (GEOGATE) et le Master en Sciences de l’Environnement et du Développement Durable (SEDD). Le dispositif combine : (i) formation aux logiciels SIG libres, (ii) exploitation de bases de données issues d’enquêtes sanitaires géolocalisées (accès aux soins, inégalités d’accès aux soins, vulnérabilités urbaines face aux changements climatiques, risques sanitaires urbains et ruraux, pollution de l’air), (iii) apprentissage par projet aboutissant à la production de diagnostics territoriaux cartographiés. L’évaluation repose sur l’analyse comparative des productions cartographiques (avant/après formation), un questionnaire structuré mesurant l’évolution des compétences perçues et une analyse qualitative des rapports étudiants.
Les résultats montrent une amélioration significative de la maîtrise des outils spatiaux (augmentation de 42 % des scores moyens aux évaluations techniques) et une progression des capacités d’interprétation critique des inégalités territoriales. Les étudiants développent des compétences en traitement de données multi sources, en analyse statistique spatialisée et en communication cartographique. L’approche par projet favorise également une meilleure articulation entre théorie géographique et enjeux de santé publique. Toutefois, des contraintes persistent : instabilité des infrastructures numériques, charge horaire limitée et faible reconnaissance institutionnelle de la géographie de la santé dans les maquettes nationales.
L’intégration des SIG et des données sanitaires transforme la géographie de la santé en espace pédagogique d’innovation au Mali. Elle contribue à redéfinir l’identité disciplinaire en articulant savoirs théoriques, compétences techniques et enjeux sociétaux. Cette expérience plaide pour une institutionnalisation accrue de la géomatique et pour une refonte curriculaire intégrant les problématiques sanitaires et environnementales comme axes structurants de la formation géographique en Afrique.
Mots-clés : pédagogie, géographie de la santé, contextualisation, SIG, Mali