Titre de la communication
Raconter le territoire par la création, une (re)production de récits communs à Ngor.
Résumé de la communication
Fondé il y a environ cinq siècles avec la venue de la communauté Lébou, le village de Ngor se situe à Dakar. Il s’agit aujourd’hui d’une commune d’arrondissement où se croisent plusieurs groupes sociaux qui opèrent différentes formes d’appropriation du territoire. Ngor s’inscrit dans les dynamiques d’internationalisation et de polycentrisme de la capitale (Diop, 2007). L’espace public témoigne également d’une multitude de croyances et de pratiques spirituelles qui cohabitent parfois dans une forme syncrétique. L’ensemble de ces éléments nous invite à questionner les effets des dynamiques et transformations territoriales sur le rapport à l’espace. Nous nous intéressons en particulier à la production de récits communs. Comment ces récits s’inscrivent-ils dans l’espace public au sens politique et habermassien ?
Pour appréhender ces enjeux, mais aussi permettre l’interaction à ce sujet, je mobilise une méthodologie issue de la recherche-création (Glicenstein, 2024) et collaborative (Bonny, 2017). Nous nous sommes associés au collectif culturel KeurMame, et nous avons investi une partie du centre socio-culturel de Ngor pour mener des ateliers de création. Ces activités ont abouti à la réalisation de deux festivals nommés Nettali Ngor (raconte Ngor), permettant la création de nouveaux espaces d’interaction avec le public présent, c’est-à-dire plusieurs acteurs de la gouvernance coutumière, des habitant.es du village et du quartier extension. Nous soulignons que la première édition du festival, dont il est en particulier question dans cette communication, s’est déroulé dans un contexte politique particulièrement tendu à l’échelle nationale (manifestations pour la libération d’Ousmane Sonko en période électorale), mais également locale (manifestations contre l’installation de la gendarmerie au parking Mame Tamsir et pour l’ouverture d’un CEM).
Dans le cadre de cette communication, je souhaite mettre en discussion l’utilisation de la création à la fois comme méthodologie de recherche, mais aussi comme dispositif d’interaction et de collaboration entre artistes, habitant.es et chercheur.euses. Pour cela, je propose de présenter la pièce de théâtre Nettali Ngor, créée par des habitant.es du village lors d’un atelier avec KeurMame. Dans le cadre de cet atelier, les participant.es ont été invité.es à raconter leurs rapports au territoire de Ngor. Afin d’aller au plus près de leur réalité, nous avons souhaité que ce soient eux et elles qui créent le scénario, la mise en scène et interprètent la pièce en public. Ainsi, les participant.es sont devenu.es à la fois acteur.ices de la recherche à travers une approche réflexive du sujet, puis artistes lors des temps de création et de restitution.
Ils et elles ont ensuite présenté cette pièce lors du festival sur une place publique choisie stratégiquement pour sa localisation à l’interface entre le village, le quartier extension et les espaces résidentiels haut standing. Depuis le processus de création jusqu’à la restitution, cette pièce de théâtre fait partie intégrante d’une méthodologie de recherche, mais a aussi permis l’échange des savoirs et des perceptions concernant des enjeux territoriaux entre différents publics et générations. Cette méthode invite à questionner les communs (Nicolas-Le Strat, 2016), mais également à (re)produire des récits communs utiles à la compréhension des perceptions du territoire et de ses enjeux. Cette communication permettra de mettre en perspective ces récits avec les dynamiques territoriales de Ngor.
Nous proposerons enfin d’ouvrir la discussion sur les limites de cette méthode, en particulier concernant les attentes des participant.es. L’engagement tant individuel que collectif, depuis le processus de création artistique jusqu’à la représentation publique, ne renforcent-ils pas un sentiment de désillusion quant aux possibilités de participation aux dynamiques de gouvernance ?